Blog de Laurent Bloch
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Un film de Jean-Luc Godard :
Une femme mariée
Un film graphique
Article mis en ligne le 15 septembre 2023
dernière modification le 16 septembre 2023

par Laurent Bloch

Hier soir, dans la salle du Studio 28, décorée par Jean Cocteau, j’ai assisté à la projection du film de Jean-Luc Godard Une femme mariée (1964), en présence de Macha Méril, qui en est l’actrice principale, et aussi Présidente d’honneur de l’association Le festival du film russe de Paris et Île-de-France, organisatrice de l’événement. Le caractère russe de ce film dérivait bien sûr de sa présence, de ses vrais nom et titre princesse Maria-Magdalena Vladimirovna Gagarina, 83 ans, bon pied bon œil et toujours active, y compris à la scène.

La commission de censure avait imposé au film quelques coupures et dans le titre la substitution de l’article indéfini « Une » à l’article défini « La » prévu initialement, d’où le sous-titre qui apparaît à l’écran, Fragments d’un film tourné en 1964. Quand il est sorti je n’avais pas l’âge exigé (interdit aux moins de 18 ans), et finalement je ne l’avais jamais vu sur grand écran, seulement sur téléviseur pendant le confinement, parce qu’il n’est projeté qu’assez rarement. Et bien je peux vous dire que le grand écran est là indispensable, surtout quand la projection est d’aussi bonne qualité que celle du Studio 28, avec une excellente copie numérique.

Ce film m’a littéralement sidéré : aucune femme n’a jamais été filmée comme Macha Méril ici ; d’ailleurs rien n’a jamais été filmé ainsi, y compris dans d’autres films de Godard, dont on mesure une fois de plus l’extraordinaire imagination, et l’extraordinaire justesse d’imagination. La scène où Macha Méril et son amant empruntent le couloir de l’appartement, celle où elle court à peu près nue sur le toit, celle où elle joue à cache-cache avec son mari entre les diverses pièces de leur appartement, les changements de taxis, à chaque instant la virtuosité est à couper le souffle.

En général la présence de gros plans sur les visages est un mauvais signe : psychologisme à deux balles, direction d’acteurs paresseuse. Ici c’est le contraire : chaque gros plan sur le visage de l’actrice, outre d’être très beau, dit quelque chose de précis. Gros plans aussi sur le nombril, sur les jambes, sur le cou, et surtout, au début et à la fin, sur les mains. La main qui se retire du drap en glissant : « c’est fini ».

J’ai un ami passionné par la typographie des génériques : celle de ce film est aussi hors du commun [1], comme celle des intertitres, avec une belle police de tradition française, sans doute un Didot. Et, par contraste, les plans sur les premières pages de journaux, sur les publicités de lingerie des magazines féminins. On apprend que le Printemps Nation, hélas disparu, avait un rayon de soutiens-gorges formidable.

C’est aussi, en un temps où la pilule était interdite, sans même parler de l’IVG, un film féministe : l’héroïne veut rester maîtresse d’elle-même, et pour commencer de son corps ; je crois que Godard était un assez bon connaisseur de l’âme féminine.

Bref, si ce film passe à votre portée, dans une salle avec une projection de bonne qualité (ce n’est pas partout), précipitez-vous.


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