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Blog de Laurent Bloch
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Une exposition d’art soviétique de haute époque :
Rouge. Art et utopie au pays des Soviets.
Au Grand Palais.
Article mis en ligne le 30 mars 2019
dernière modification le 16 juin 2019

par Laurent Bloch

Le dicton assure qu’il n’y a pas de mal à se faire du bien, mais on peut aussi choisir de se faire mal, pour son bien. Ce que j’ai fait en me rendant au Grand Palais pour voir l’exposition Rouge. Art et utopie au pays des Soviets, qui montre plus de 400 tableaux, dessins, sculptures, maquettes, photos et films soviétiques des années 1917 à 1953. Ad nauseam. Mais il me fallait en avoir le cœur net.

Pour un compte-rendu plus complet et plus objectif de cette exposition, je vous conseille vivement l’article de Rachel Mazuy sur le site Histoire politique.

Cette exposition est par ailleurs le résultat d’un travail tout à fait remarquable de ses organisateurs, qui ont réussi à exhumer des œuvres stupéfiantes et dont personne n’aurait pensé qu’elles pourraient à nouveau être vues un jour. Si vous avez vu le film Cold War (encore un titre « français » idiot pour traduire Zimna wojna) de Paweł Pawlikowski, et que vous avez aimé la scène où un immense portrait de Staline monte lentement à l’arrière de la scène du ballet, cette exposition est pour vous.

Vous pourrez y voir d’autres raretés, comme cette affiche en ouzbek composée en alphabet latin adapté, parce qu’à partir des années 1940 l’URSS imposera l’alphabet cyrillique aux peuples d’Asie centrale :

Dans les premières années qui ont suivi le coup d’état léniniste, de nombreux artistes d’avant-garde ont cru à la phraséologie révolutionnaire en pensant qu’elle autoriserait aussi un art révolutionnaire, et la première partie de l’exposition montre leurs œuvres : Alexandre Rodtchenko, Kazimir Malevitch, Gustav Klutsis, Varvara Stepanova, Vsevolod Meyerhold, El Lissitzky… Aucune toile de Kandinsky ici, mais même lui s’était rallié, certes plus brièvement que Malevitch, heureusement pour lui. Dans le même mouvement artistique, à la suite du futurisme, du suprématisme et du constructivisme, on avait pu voir récemment à Beaubourg l’exposition Vitebsk : laboratoire de l’art révolutionnaire.

Mais assez vite la bureaucratie au pouvoir comprend que pour embrigader et abrutir la population rien ne vaut l’académisme et l’art pompier. On ressort des kolkhozes les artistes de l’époque tsariste en cours de rééducation et ils recommencent à peindre les croûtes habituelles, seuls les personnages ont changé.

Un bel exemple de ces horreurs est cette toile de 1950, commise par un certain Anatoli Yar-Kravchenko, prix Staline 1948, Maxime Gorki lit son roman « La jeune fille et la mort » à Staline, Molotov et Vorochilov. Cette peinture m’inspire une répulsion particulière : au moment où elle est commise Gorki est mort depuis une quinzaine d’années, on nous montre un cénacle de paisibles intellectuels imbus de littérature, alors que l’un des personnages est un des plus grands assassins et tortionnaires de l’histoire de l’humanité, et que ses deux séides qui prennent des poses inspirées sont des loques dont la veulerie n’a d’égales que la servilité et l’absence de scrupules (ils sont bien dépeints par le film La Mort de Staline).

Le lecteur agacé par la véhémence de ce commentaire pourra se dire que je cède au ressentiment. Pour obtenir un peu d’indulgence, je dirais que l’on m’a obligé à apprendre à nager en me disant que sinon je ne pourrai pas aller en Union Soviétique, alors que j’avais dit un jour à mon institutrice que pour moi le bonheur était d’y vivre. Voici une illustration (exposée au Grand Palais) de l’idéologie dont j’étais nourri :

Alors après ça, hein...


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