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Blog de Laurent Bloch
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L’économiste qui guide les Français : Molière
Article mis en ligne le 2 juin 2010
dernière modification le 30 mai 2019

par Laurent Bloch
« Il ne faut jamais craindre qu’il y ait trop de sujets, trop de citoyens vu qu’il n’y a de richesse, ni force que d’hommes », Jean Bodin, les Six Livres de la République, 1576.

« Le Travail annuel d’une nation est le fonds primitif qui fournit à sa consommation annuelle toutes les choses nécessaires et commodes à la vie ; et ces choses sont toujours ou le produit immédiat de ce travail, ou achetées des autres nations avec ce produit. », Adam Smith, Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations, 1776.

Travaillez, prenez de la peine :
C’est le fonds qui manque le moins.

Jean de la Fontaine

Lorsque j’entends certaines prises de position dans le débat actuel sur l’âge légal de départ à la retraite, il me semble que l’éducation économique des dirigeants de certains partis et syndicats de notre beau pays n’ait guère dépassé les chapitres écrits par notre grand économiste, Molière, qui ignorait cette compétence et ne s’en souciait guère. Ma propre formation n’est d’ailleurs guère meilleure, les manuels qui étaient recommandés lors de mes études étaient ceux, consternants de platitude et de vacuité, de Raymond Barre, c’est dire, mais enfin il n’est jamais interdit de chercher à s’améliorer et à comprendre des choses.

Si l’argent manque pour financer les régimes de retraite, il suffirait de prendre ce qui manque aux capitalistes : le capital, c’est la cassette d’Harpagon, on y prend de l’or et la note est réglée.

En réalité, le capital, c’est, lors de la création d’une entreprise, ce qui permet de faire de la recherche, d’acheter du matériel et de payer des salaires alors que l’on n’a encore rien vendu ; au lancement de chaque nouveau produit ce cycle se répète. Autant dire que sans capital l’entreprise moderne n’existe pas.

Le capital n’est pas le contraire du travail : le capital est du travail en stock, qui a été accompli avant, par opposition au travail vivant, ou actuel. Michel Volle nous a même expliqué que dans l’économie contemporaine le coût du microprocesseur ou du logiciel est tout entier contenu dans la recherche et les études préalables à toute fabrication, et que cette dernière ne coûte presque rien : on peut dire alors que le capital est l’unique facteur de production.

La haine du capital révèle la haine, moins avouable mais fort répandue dans notre beau pays, du travail. Le travail est chez nous une des activités les plus pourchassées, d’où ce que les observateurs étrangers ne manquent pas de remarquer : « le choix français du chômage ». Idem pour les 35 heures, la retraite, les « facs-parkings », expression nauséabonde qui désignait il y a quelques années les dispositifs destinés à retenir les étudiants sur les bancs des amphis de nos universités low-cost pour les empêcher d’aller sur le marché du travail. Le travail serait un gâteau qu’il faudrait se partager, et comme il n’y en a pas pour tout le monde, les parts sont réservées à une élite privilégiée. Ou si l’on veut, les travailleurs à statut protégé se gardent le gâteau et empêchent les autres de travailler, comme sous l’ancien régime la noblesse se réservait le droit de chasse et pendait les braconniers. Pour ceux qui ne sont pas dans le système (fonction publique, grandes écoles, secteurs à statut protégé, appareils syndicaux), il reste Pôle emploi, ou ce que Florence Aubenas a décrit dans son livre Le Quai de Ouistreham.


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