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Blog de Laurent Bloch
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ISSN 2271-3980
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Un autre livre de Kazuo Ishiguro
Auprès de moi toujours
(Never Let Me Go)
Article mis en ligne le 22 juin 2018

par Laurent Bloch

Après la lecture des Vestiges du jour, plein d’humour un peu mélancolique et très britannique, un ami m’a conseillé « Auprès de moi toujours » (Never Let Me Go) : c’est aussi un beau roman, d’une tonalité et d’un style très différents, puisque Kazuo Ishiguro, s’il n’est pas très prolixe, fait preuve d’une grande versatilité d’expression.

Mieux vaut ne pas révéler l’intrigue, parce qu’elle dévoilerait d’emblée certains de ses éléments que le lecteur du roman ne comprendra que petit à petit, et que c’est la lenteur de cette progression qui est à la source de l’émotion profonde que j’ai ressentie. Pour la même raison, je conseille d’éviter la lecture de l’article de Wikipédia avant celle du roman, parce qu’il livre ces informations, dont la connaissance d’emblée serait vraiment regrettable.

Au début du livre la narratrice, Kathy H., évoque son métier, dont on ne comprend pas très bien la nature, mais qui semble être intermédiaire entre les services sociaux et de santé, puis elle en arrive à parler du pensionnat où elle a passé son enfance et son adolescence, à Hailsham. J’ai cherché ce nom dans un atlas, c’est une petite ville du Sussex, pas très loin de la Manche, une région plutôt privilégiée de l’Angleterre. La description des lieux rappelle celle des pensions chic de maint roman anglais : manoir avec dépendances, vaste parc, terrain de sport, enseignants nombreux et attentifs.

L’ambiance du pensionnat m’a fait penser à celui des « Vagues » (Waves) de Virginia Woolf, d’ailleurs l’ensemble du roman d’Ishiguro vient en écho de celui de Woolf : des enfants, des adolescents qui ont un peu de mal à vivre, et qui font des efforts pour surmonter la solitude, pour créer des liens avec leurs camarades, sans toujours réussir, mais ils s’entraident. Parfois. Quand ils y parviennent. Mais par moments l’ambiance est un peu plus gaie, Jane Austen n’est pas loin...

En fait, on comprend au bout d’un certain temps que ces enfants n’ont pas de famille, et que le rôle des adultes qui s’occupent d’eux est de leur procurer, non pas une famille de substitution, mais un cadre de vie et des expériences qui les amènent à des comportements, à des sentiments, à un développement psychologique et physique les plus similaires possibles à ceux des enfants dotés d’une famille normale.

Il y a quand même des aspects étranges dans la vie de ce pensionnat, il est trop isolé, mais c’est vrai qu’il n’y a pas de visites des familles, ni de week-ends...

C’est un beau roman de déréliction, de la difficulté à devenir un être humain à peu près capable de vivre avec ses semblables, mais il fait aussi penser à tout ce qui peut nous retirer cette humanité, nous transformer en choses ou en automates, ou encore nous retrancher de la communauté de ceux qui étaient encore hier nos pairs.


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