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Blog de Laurent Bloch
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Un livre d’Olivier Le Cour Grandmaison
De l’indigénat
Anatomie d’un « monstre » juridique : le droit colonial en Algérie et dans l’Empire français

Article mis en ligne le 9 mars 2015

par Laurent Bloch

J’emprunte à son éditeur La Découverte [1] la présentation de ce livre d’Olivier Le Cour Grandmaison, qui met à jour des réalités désagréables, trop oubliées mais qu’il convient de connaître. On pourra aussi consulter le blog de l’auteur.

Internement administratif pour une durée indéterminée, responsabilité collective appliquée à des tribus et des villages entiers, séquestre des propriétés « indigènes » et transfert de celles-ci aux colons, Code de l’indigénat enfin, adopté en 1875 puis régulièrement reconduit par les députés de la IIIe République : telles sont les principales dispositions répressives appliquées dans l’Algérie coloniale, jusqu’en 1945.

Citant largement les textes − dont le fameux « code de l’Indigénat » est enfin publié dans son intégralité − et les commentaires dont ils firent l’objet, Olivier Le Cour Grandmaison les analyse de façon précise, et met ainsi en évidence l’existence d’un racisme d’État longtemps théorisé et pratiqué par la République. Qualifiées de « monstres » juridiques par plusieurs juristes de l’époque, ces différentes mesures furent exportées dans les autres territoires de l’Empire au fur et à mesure de l’extraordinaire expansion coloniale de la France entre 1871 et 1913.

L’exception politique et juridique est ainsi devenue la règle pour les « indigènes ». À cela s’ajoutent le travail forcé et l’esclavage domestique, lequel a continué de prospérer au vu et au su des autorités françaises. Hier essentielle à la pérennité de la République impériale, cette législation coloniale est aujourd’hui trop souvent ignorée. Exhumer ses principes, étudier ses mécanismes et leurs conséquences pour les autochtones privés des droits et libertés démocratiques élémentaires, tels sont les objets de ce livre. Sommes-nous complètement affranchis de ce passé ? Hélas non. L’internement des étrangers sans-papiers et le « délit de solidarité » le prouvent. L’un et l’autre ont des origines coloniales.

Olivier Le Cour Grandmaison enseigne à l’université d’Évry-Val-d’Essonne les sciences politiques et la philosophie politique. Il a dirigé et animé plusieurs séminaires au Collège international de philosophie. Il a notamment publié Les Citoyennetés en Révolution 1789-1794 (PUF, 1992), Les Étrangers dans la Cité. Expériences européennes (avec Catherine Wihtol de Wenden, préface de Madeleine Rebérioux, La Découverte, 1993), Le 17 octobre 1961 : un crime d’État à Paris (collectif, La Dispute, 2001), etc.


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