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Blog de Laurent Bloch
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Un autre film d’après James Hadley Chase
Eva (Joseph Losey 1962)
Avec Jeanne Moreau
Article mis en ligne le 9 avril 2018
dernière modification le 13 avril 2018

par Laurent Bloch

Après avoir vu le film que Benoît Jacquot avait réalisé à partir du roman Eva de James Hadley Chase, je me suis dit qu’il me fallait voir celui que Joseph Losey avait tourné en 1962 avec Jeanne Moreau, et que La Filmothèque du Quartier latin, toujours à la pointe de la programmation, avait la bonne idée de ressortir [1].

C’est toujours la même chose avec Losey : il a un talent extraordinaire, il en fait dix fois trop, et le résultat est frustrant (à mon humble avis). Un scénario fascinant, une actrice éblouissante, des extérieurs formidables, une débauche de virtuosité, et pourtant c’est raté, malgré bien sûr beaucoup de très belles scènes.

Le héros, si l’on peut dire, Tyvian Jones, interprété par Stanley Baker, archétype de mâle viril, est un usurpateur : il a publié sous son nom le manuscrit d’un roman écrit par son frère, qui le lui a confié en mourant. Le livre est un grand succès, son adaptation au cinéma tout autant, Jones vit dans le luxe et les mondanités, son producteur lui avance 30 000 dollars pour les droits de son prochain roman, il est fiancé à la jeune et belle collaboratrice du producteur, Francesca (Virna Lisi), mais bien sûr derrière cette façade il n’y a rien.

Après une fête à Venise pour célébrer la palme obtenue par le film à la Mostra, Jones se retire dans une villa louée à son intention par Francesca, soi disant pour se mettre à l’écriture. L’endroit sur la lagune est superbe, de jour on reconnaîtra, dans une brume hivernale en noir et blanc (de Gianni Di Venanzo), Torcello, sa cathédrale romane et ses vignes. Mais là c’est la nuit, un orage épouvantable éclate, et un couple pris de court par le bris du gouvernail de son bateau s’est introduit dans la maison pour s’y abriter. Il s’agit d’Eva (Jeanne Moreau), une demi-mondaine française, accompagnée d’un de ses clients qui a dépensé une fortune pour cette soirée. Jones est immédiatement et irrémédiablement subjugué par Eva, dont il met le client à la porte, et il va tenter de s’imposer à elle.

Eva ne veut ni aimer ni être aimée, son univers est construit autour de quelques disques de jazz (Billie Holiday, à l’époque connue seulement d’un petit cercle d’admirateurs), d’une collection de bibelots bizarres et chers, de ses chats. La détresse de la chanteuse renvoie à celle d’Eva. Jones va la prendre en filature jusqu’à son appartement romain, essayer de la séduire par sa force mâle. Il ne réussira qu’à se détruire, détruire ses proches, se faire humilier, battre à coups de cravache, jeter sur un tas d’ordures.

Joseph Losey, dans ce film comme par exemple dans The Servant, ressorti l’an dernier dans une belle copie numérique, est attiré par la perversion : malheureusement, son éducation puritaine au fin fond du Wisconsin reprend toujours le dessus, et la perversion de ses intrigues est toujours désespérément vertueuse. Son seul film (parmi ceux que j’ai vus) qui échape à ce reproche : Monsieur Klein, aussi avec Jeanne Moreau d’ailleurs. Cela dit, il faut voir Eva, pour Jeanne Moreau et Torcello.


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