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Blog de Laurent Bloch
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ISSN 2271-3980
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Mallarmé promu clairon dans les troupes du progressisme métalinguistique
À propos du « camarade Mallarmé »
Article mis en ligne le 5 février 2014
dernière modification le 27 février 2014

par Laurent Bloch

 Un essai lucide

Jean-François Hamel a publié aux Éditions de Minuit Camarade Mallarmé. Une politique de la lecture, qui fait la recension des enrôlements idéologiques posthumes auxquels Stéphane Mallarmé a été soumis tout au long du vingtième siècle. C’est effarant et instructif.

Avant de donner un bref aperçu de toutes les âneries qui ont pu être écrites à propos de ce malheureux poète, il convient que je précise mon propre point de vue (pas forcément plus pertinent). Dès mon adolescence j’ai été mystérieusement séduit par la poésie de Mallarmé, sans en comprendre grand chose. Une bonne quinzaine d’années plus tard, grâce d’abord au film de Danièle Huillet et Jean-Marie Straub Toute Révolution est un Coup de Dés, puis à la démarche poétique de mon ami Jean-Marc Ehresmann et aux livres qu’il m’a mis entre les mains, il m’est apparu que non seulement les poèmes de Mallarmé avaient une signification exotérique, mais qu’en outre, à condition de s’y appliquer (et il n’y a pas de raison que ce soit trop facile), cette signification est accessible à chacun.

Il existe une littérature analytique et critique de qualité, qui peut aider le lecteur dans sa quête du sens sans en abolir le mystère poétique, au premier plan de laquelle je mettrais les livres du merveilleux Australien Gardner Davies : Vers une explication rationnelle du Coup de Dés. Essai d’exégèse mallarméenne. (avec une analyse grammaticale du texte), Mallarmé et le Drame solaire, essai d’exégèse raisonnée, Les Tombeaux de Mallarmé et quelques autres, tous publiés chez José Corti. Mais j’aurais garde d’omettre L’Œuvre poétique de Stéphane Mallarmé d’Émilie Noulet, qui a en fait ouvert cette voie dès 1940 (chez Droz), ni l’Introduction à la psychanalyse de Mallarmé de Charles Mauron (à la Baconnière, Lausanne), ni Mallarmé et la morte qui parle de Léon Cellier (aux PUF). Je réserve une place à part à La Révolution du langage poétique de Julia Kristeva, livre cher à mon cœur malgré certains excès. Mentionnons aussi la biographie écrite par Henri Mondor, qui a ouvert beaucoup de portes sur une œuvre toujours assez méconnue, mais pour laquelle je réfute, à la suite de tous ces auteurs, le qualificatif d’hermétique.

Ce n’est pas de ces livres patients, fruits d’une passion approfondie pendant toute la vie de leurs auteurs, que parle Jean-François Hamel, mais plutôt d’exercices de cuistrerie (qui ont parfois la circonstance atténuante d’être involontaires) de gens qui se croient importants et qui pensent rendre un service à Mallarmé en l’embrigadant au service de leur cause plus ou moins débile. Comme ces textes ne sont pas très intéressants et que je n’aime guère leurs auteurs, je ne les mentionnerai pas (bon, je mettrai à part Philippe Lacoue-Labarthe, moins prétentieux que les autres, et dont les recherches, moins idéologiques, portent sur le projet wagnérien de relèvement du désespoir allemand, vraie question), mais il vaut la peine de lire l’essai de Jean-François Hamel pour mesurer le volume de bêtises qui ont pu être écrites au cours du siècle dernier par des gens payés sur fonds publics pour mener une existence oisive et confortable du côté de la rue d’Ulm.

Il convient de préciser que Jean-François Hamel, lui, est un fin lecteur de Mallarmé, ce dont il donne moult preuves, et c’est une bonne raison aussi de lire son livre.

Pour finir, je ne résiste pas au plaisir de citer Julien Gracq (en lisant en écrivant, p. 214, éd. José Corti) : « Et voici maintenant ce pauvre Mallarmé sac au dos et promu clairon dans les troupes du progressisme métalinguistique ».

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