Blog de Laurent Bloch
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ISSN 2271-3980
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Biographie de Jean-Richard Bloch par Patrick Amand :
Continuer Jean-Richard Bloch
Article mis en ligne le 18 juin 2026

par Françoise Courivaud, Laurent Bloch

Mon épouse Françoise et moi-même avons lu avec beaucoup d’intérêt la biographie de mon grand-père Jean-Richard Bloch, surnommé J-R B, écrite et publiée tout récemment aux Éditions Arcane 17 par Patrick Amand sous le titre Continuer Jean-Richard Bloch.

Tout d’abord, nous tenons à témoigner notre admiration pour le travail extraordinaire effectué par Patrick. Un véritable ouvrage de chercheur, au sens strict du terme. Avec de surcroît une note d’humour et de fantaisie, ce qui est rarement le cas des travaux d’érudit. Ce livre vient utilement compléter les travaux de Rachel Mazuy et d’Alain Quella-Villéger, sans oublier Claudine Delphis, Nicole Racine, Tivadar Gorilovics, Wolfgang Asholt et quelques autres.

Mais parlons de mon enfance, qui s’est déroulée (années 1950-1960) dans la maison où JRB et sa famille avaient emménagé en 1911, la Mérigote à Poitiers (le lien dirige vers un article très complet de l’historien Alain Quella-Villéger). En 2005 la ville de Poitiers a acheté cette maison et l’a transformée en résidence d’artistes, baptisée Villa Bloch. Nous y baignions, mes sœurs et moi, dans le JRBisme total, du matin au soir, et même du soir au matin puisque je dormais dans la chambre attenante au bureau de l’ancêtre inégalable, et que ma grand-mère et mes parents pratiquaient un culte quasi-religieux à l’égard de cet homme que je n’ai en fait pas connu, puisqu’il est mort l’année de ma naissance (1947). Ce n’était pas très facile, ni très gai. Et assez lourd sur nos épaules.

Patrick possède donc une distance que je n’ai pas.

Nous avons découvert finalement un homme intellectuellement (et financièrement) bien plus honnête que nous ne le pensions.

Professeur d’histoire et géographie, nommé à Poitiers en 1908 (pour la classe préparatoire à Saint-Cyr), il se met en congé de l’Éducation nationale pour se consacrer à l’écriture, il fonde une revue littéraire, L’Effort, puis L’Effort libre, publie des contes (il n’aime pas le mot « nouvelles »), des romans, des pièces de théâtre. Avec ma grand-mère Maguite (Marguerite Herzog) il recevra à la Mérigote de nombreux écrivains et artistes, Pierre-Jean Jouve, Diégo Rivera, Georges Duhamel, son beau-frère André Maurois (Émile Herzog), Jules Romains, Élie Faure, Georges et Ludmila Pitoëff, Jacques Copeau, Charles Vildrac, Louis Aragon...

En 1914 son âge et ses trois enfants le dispensent d’être appelé, mais il s’engage, sera blessé trois fois. Cet engagement lui vaudra de chaudes discussions avec celui qu’il considère comme son maître, Romain Rolland, avec qui plus tard il fondera la revue Europe.

À partir des années 1930 il devient un activiste politique, engagé pour la République espagnole, pour le Front populaire, son militantisme prend le pas sur son activité littéraire, qui entre en sommeil. Je serais bien mal placé pour porter un jugement esthétique sur ses ouvrages : mon épouse, plus objective, préfère ses récits de voyages et ses essais à ses romans et surtout à son théâtre. Son adhésion au communisme lui a valu d’être traduit et édité dans la plupart des pays du bloc de l’Est, et comme il était un des très rares auteurs français du XXe siècle dans ce cas, après sa mort ma grand-mère a pu vivre de ses droits d’auteur : ce n’était après tout que justice, pendant toute sa vie elle avait été sa secrétaire, sa dactylo, son interprète (contrairement à lui elle parlait russe couramment pendant leur exil soviétique), sa traductrice, sa psychanalyste, sa thérapeute et bien d’autres choses encore. C’est pourquoi, contrairement à mes amis et collègues, tenants comme moi du logiciel libre, je pense que le droit d’auteur a des raisons d’être et de survivre à l’auteur.

Il a adhéré au PCF deux fois, mais toujours avec un recul qui transparaît dans plusieurs de ses courriers au moment des purges. Sollicité par Aragon, qui était mandaté par le parti, il participe à la création du quotidien Ce soir, dont il sera co-directeur avec Aragon. Mais il a gardé une admiration sans faille pour Staline, pour des raisons historiques compréhensibles, et aussi par ignorance de la plupart de ses crimes, comme beaucoup de communistes avant le XXe congrès du PCUS en 1956 (et a fortiori pour lui, mort en 1947).

Et reconnaissons aussi que son exil en URSS, qui n’a été possible qu’avec l’accord formel et explicite de Staline, après que son visa eut été refusé aux USA, lui a sauvé la vie, ainsi qu’à ma grand-mère.

Son égocentrisme d’écrivain, parfois gênant, est hélas un trait commun à tous les créateurs, et bien inférieur à celui de beaucoup d’artistes célèbres.

Un site lui est consacré, avec des textes originaux et des articles de commentaire et d’analyse.

Après la guerre et le retour en France, JRB passera des mois avant de découvrir la mort de sa mère Louise Bloch, gazée à Auschwitz, de sa fille France Bloch-Sérazin, guillotinée à Hambourg, de son gendre Frédéric Sérazin, torturé à mort par la Gestapo et la Milice à Saint-Étienne, de son neveu Jean-Louis Wolkowitsch, fusillé au Mont-Valérien. Ces épreuves, ajoutées à une activité journalistique et politique intense (il était membre du Conseil de la République, ancêtre du Sénat), ont sûrement contribué à son épuisement et à sa mort prématurée.

En conclusion, je me suis réconcilié avec mon grand-père grâce à l’ouvrage de Patrick. Qu’il en soit remercié. Patrick est le petit-fils de René Amand, résistant communiste, déporté à Auschwitz où il a été assassiné en 1943.