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L’ordre social universitaire
Article mis en ligne le 1er août 2008
dernière modification le 26 octobre 2009
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D’autres remarques sur la vie à l’université :
mes premières observations à l’université,
et le contraste lors de mon passage de RSSI à DSI.

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Il n’est de semaine qui ne me donne l’occasion de me rappeler la remarque de mon homonyme Marc Bloch (aucun lien de parenté) dans son essai posthume L’étrange défaite : « un général, fût-il parmi les plus étoilés, s’il pénètre dans la pièce où travaille un modeste sous-lieutenant ne saurait, sans manquer à la plus élémentaire courtoisie, omettre de lui tendre la main. Mis en face d’un sous-officier — ne parlons pas d’un simple soldat — il faudra, pour l’engager à ce geste, les circonstances les plus exceptionnelles. » L’université se veut plus démocratique et les manifestations de grossièreté y sont moins ostensibles, mais il est impossible d’ignorer la barrière invisible mais infranchissable entre le clergé universitaire et le tiers-état des ingénieurs et techniciens, sans bien sûr que cette remarque générale exclue des comportements individuels différents. Rappelons
que Marc Bloch citait cette observation, faite lors de ses deux mobilisations (14-18 et 1940), comme un symptôme de la rigidité sociale française, invoquée comme un des facteurs de l’effondrement de 1940.

C’est une plaisante spécificité française : dans les pays développés
les gens sont recrutés dans une équipe d’enseignement et de recherche
pour contribuer à ses projets, et ils y restent et y progressent en
fonction de la qualité de leur contribution. En France, ce sont des
qualités ontologiques acquises précocement qui déterminent la position
ultérieure des gens et leur rang dans l’ordre social. C’est toujours
mieux que les positions acquises par la naissance, certes. À cinquante ans passés, j’ai dû exhiber mes diplômes, y compris le baccalauréat, c’est grotesque. À cette aune d’ailleurs je suis un usurpateur, parce
que j’ai régulièrement rempli des fonctions qui n’auraient pas dû me
revenir : mais la situation était tellement calamiteuse que les
candidats légitimes n’en voulaient pas. Tant mieux pour moi : les
situations calamiteuses sont les plus intéressantes, et au moins on ne risque guère d’aggraver les choses. Un beau jour j’ai postulé à une sinécure mandarinale : inutile de dire que j’ai ramassé une veste.

Il m’est arrivé deux fois, dans deux établissements de recherche
différents, d’avoir au sein de mon équipe un ingénieur (dans les deux cas, une femme) muni de toutes les qualités exigibles pour postuler à un poste de chercheur. Les commissions de spécialistes (ça s’appelle comme ça) avaient le droit de critiquer leurs candidatures, voire de les refuser : mais dans les deux cas elles ont affronté un déferlement de haine et d’insultes très surprenant dans un milieu pourtant d’ordinaire assez feutré. Les vitupérateurs les plus inspirés n’étaient bien sûr pas, parmi les chercheurs, au nombre des plus brillants, c’est une litote. Seule la perception de ces candidatures comme la transgression d’un ordre immuable et sacré pouvait expliquer la violence du rejet.


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